Gilles Auteroche : parce qu’il voit de loin
“La photographie ne peut pas changer le monde, mais elle peut montrer le monde, surtout quand le monde est en train de changer.” Cette citation, on la doit à l’illustre photographe lyonnais Marc Riboud. Depuis ses débuts, Gilles Auteroche s’applique à la faire sienne. Au-delà de sa technique et de son œil singulier, il bouscule les codes et partage ses ressentis, non sans plaisir. Et s’il a déjà gagné la reconnaissance de ses pairs grâce à ses photos culinaires, ses autres séries soulignent son identité artistique, à la fois humble et forte.
Podcast : 11 minutes | Temps de lecture : 5 minutes
Gilles Auteroche se définit lui-même comme un “photographe auteur”, sans doute parce qu’il réussit, à travers chacun de ses travaux, à redonner le goût de l’inattendu à ceux qui prennent le temps de les regarder. Sa rencontre avec la photo remonte à l’enfance, sans qu’il ne soupçonne alors qu’elle tiendrait, un jour, une telle place dans sa vie et dans celle des autres. Une place particulière qui reflète, d’une part, ses propres émois qu’il vit à sa manière. D’autre part, les questions que tout un chacun se pose et auxquelles une seule de ses photos peut apporter un commencement de réponse.
Gilles Auteroche voit de loin, non pas seulement parce qu’il vient de loin, mais aussi parce qu’il voit loin. Certaines de ses séries, comme ses autoportraits consacrés à l’Iran et aux confinements de 2020, vont même au-delà. Elles transcendent le temps, les frontières et les idées reçues. Comme il le dit lui-même, “on n’est pas vraiment acteur, on montre le monde qui nous entoure en tant que photographe. Il s’agit plus de l’envie de partager ce que j’ai vécu à ce moment-là, ce qui m’a marqué, ce qui m’a mis mal à l’aise.” Libre à chacun de s’interroger ensuite, ou pas.
Gilles Auteroche
Photos d’une première vie
Nous sommes en 1978. Alors qu’il n’a que trois ans, Gilles, accompagné de sa jeune sœur Marie, quittent Anyang City, en Corée du Sud. Avec leur frère Hugh, né plus tard, ils connaissent une enfance heureuse à Viviez, dans le nord de l’Aveyron. “J’ai grandi dans une famille adoptive aimante. J’étais très curieux et touche-à-tout, j’adorais bricoler. Mais j’étais aussi un garçon assez introverti. Je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire. Comme beaucoup, j’ai d’abord utilisé un Polaroïd. Puis je suis passé à mes premières pellicules, mais sans déclic particulier.”
Gilles quitte ainsi le cocon familial à l’âge de dix-sept ans. Direction : Saintes, en Charente-Maritime, où il intègre l’école qui forme les apprentis mécaniciens de l’Armée de l’air : les Arpètes.
Rogers Prod | Création audiovisuelle
Communication & média

Documentaires, films d’entreprise, drone, podcasts : pour vos prochains contenus audiovisuels, si on commençait par vous ?
Il réalise sa spécialisation à Rochefort-sur-Mer avant d’être muté dans le Vaucluse, à Orange. “Je m’occupais des ondes électromagnétiques, des radars et des systèmes de détection”, se souvient-il. Il y reste dix ans, avant d’être de nouveau muté à La Clape, près de Narbonne.
Finalement, il quitte l’armée en 2012. Mais il revient dans l’Aude à l’occasion de sa rencontre avec sa future épouse, étudiante à Montpellier, et dont la famille habite Gruissan. Ils ont deux enfants : Inès et Simon. En parallèle, Gilles Auteroche se tourne à nouveau vers la photo. Et cette fois-ci, le déclic se produit.

L’appétit vient en shootant
Gilles Auteroche se forme sur le terrain, auprès d’un artisan photographe audois. Puis il se met à son compte pour proposer ses services aux entreprises, tout en poursuivant le développement de son approche artistique. D’une part, en s’inspirant, entre autres, des prises de vue instantanées de Vivian Maier, du travail des contrastes et des ombres de René Burri, ainsi que du clair-obscur du peintre italien Caravage. D’autre part, en réalisant différentes séries abordant autrement la photographie de rue, les natures mortes et la photo culinaire.
Il excelle dans cette dernière, au point d’être désigné photographe officiel de l’édition 2024 du Festival international de la photographie culinaire organisée à Paris. À cette occasion, il conçoit l’affiche de l’événement. En outre, il décroche le Prix du Press Club de France pour ses travaux. “Je suis amateur de bonne chère”, confie Gilles. “Dans la famille, on a toujours cuisiné. Nous avions un bon coup de fourchette. Si j’ai d’abord trouvé que les fruits et les légumes étaient simples à photographier, j’ai saisi ensuite toute leur beauté en macro. Le photographe culinaire Franck Hamel figure selon moi parmi ceux qui réussissent le mieux à les sublimer. Cela paraît simple, mais c’est tellement sophistiqué.”
Gilles Auteroche
L'après coup qui change tout
À l’heure où certains, avec le concours le l’intelligence artificielle, façonnent des images sur la base d’un simple prompt, sans jamais avoir tenu un appareil photo entre leurs mains, d’autres poursuivent leurs travaux en numérique et en argentique, pour offrir un autre regard sur les événements, les gens et notre existence.
Nul besoin de les opposer, quand même des photographes de renom remportent des prix grâce à l’IA, comme ce fut le cas en 2023 pour l’artiste Boris Eldagsen. Malgré tout, cela n’empêcha pas ce dernier, tout en refusant sa récompense, de lancer un débat nécessaire sur l’intrusion de l’IA dans le monde de l’art.
Gilles Auteroche fut, à l’époque, un fervent défenseur de l’argentique. “La concurrence a débuté avec le numérique grand public, puis les smartphones”, précise-t-il. Cependant, il se souvient aussi des évolutions considérables initiées par la photographie numérique.
“Il faut vivre avec son temps. Oui, ça me fait bizarre de voir certains travaux réalisés avec l’IA. Mais on ne peut plus ignorer cet outil technologique. Il intègre une grande partie des suites logicielles comme Adobe. Personnellement, je ne suis pas encore dans cette perspective de cocréer avec l’IA. C’est une approche différente de la cocréation avec un autre artiste, comme celle que j’ai concrétisée avec Vincenzo Galati. Il y a cette imperfection qui me plaît, qui subsiste une fois la photo achevée. Cette implication plus personnelle aussi.”
Gilles Auteroche
Aux grands maux les grandes photos
Gilles et Vincenzo sont devenus compères. C’est ainsi qu’ils s’appellent entre eux, qu’ils se comprennent et qu’ils se donnent, ensemble. Entre autres, à travers les séries photographiques peintes qu’ils ont cocréées en trio avec Raphaëlle Marco, maquilleuse professionnelle, au profit d’Octobre Rose et de l’association Pass’Temps Aude, qui accompagne les personnes en soins durant leur parcours en cancérologie. Ces séries dévoilent une vie qui déborde du cadre pour interroger cette autre, idéalisée, vendue du matin au soir sur tous les écrans.
Gilles Auteroche voit de loin, non pas seulement parce qu’il vient de loin, mais aussi parce qu’il voit loin. Il offre un œil différent à ses clients professionnels ayant la tête dans le guidon, ainsi qu’à tout quidam à la recherche d’une profondeur lui permettant, contre toute attente, de retrouver son chemin. Il capture des instants fragmentés et des rendez-vous manqués pour traduire sa perception de l’élégance, de l’étrange et de l’émouvant. Loin des clichés marketing systématisés, il ose la photo qui ne plaît pas à tout le monde.
GILLES AUTEROCHE : PARCE QU’IL VOIT DE LOIN
AUDE Actually | Magazine
Gilles Auteroche a installé son studio photo au 6, Avenue Anatole France, à Narbonne. Visitez son site pour découvrir ses différents travaux, mais aussi pour vous inscrire à l’un de ses prochains ateliers d’initiation ou de perfectionnement.
Crédits photos :
- Portraits de Gilles Auteroche : @audeactually
- Travaux : @gillesauteroche
- Espaces publicitaires : @rogersprod & @unsplash
Gilles Auteroche : parce qu’il voit de loin
“La photographie ne peut pas changer le monde, mais elle peut montrer le monde, surtout quand le monde est en train de changer.” Cette citation, on la doit à l’illustre photographe lyonnais Marc Riboud. Depuis ses débuts, Gilles Auteroche s’applique à la faire sienne. Au-delà de sa technique et de son œil singulier, il bouscule les codes et partage ses ressentis, non sans plaisir. Et s’il a déjà gagné la reconnaissance de ses pairs grâce à ses photos culinaires, ses autres séries soulignent son identité artistique, à la fois humble et forte.
Podcast : 11 minutes | Temps de lecture : 5 minutes
Gilles Auteroche se définit lui-même comme un “photographe auteur”, sans doute parce qu’il réussit, à travers chacun de ses travaux, à redonner le goût de l’inattendu à ceux qui prennent le temps de les regarder. Sa rencontre avec la photo remonte à l’enfance, sans qu’il ne soupçonne alors qu’elle tiendrait, un jour, une telle place dans sa vie et dans celle des autres. Une place particulière qui reflète, d’une part, ses propres émois qu’il vit à sa manière. D’autre part, les questions que tout un chacun se pose et auxquelles une seule de ses photos peut apporter un commencement de réponse.
Gilles Auteroche voit de loin, non pas seulement parce qu’il vient de loin, mais aussi parce qu’il voit loin. Certaines de ses séries, comme ses autoportraits consacrés à l’Iran et aux confinements de 2020, vont même au-delà. Elles transcendent le temps, les frontières et les idées reçues. Comme il le dit lui-même, “on n’est pas vraiment acteur, on montre le monde qui nous entoure en tant que photographe. Il s’agit plus de l’envie de partager ce que j’ai vécu à ce moment-là, ce qui m’a marqué, ce qui m’a mis mal à l’aise.” Libre à chacun de s’interroger ensuite, ou pas.
Rogers Prod | Création audiovisuelle
Communication & média

Documentaires, films d’entreprise, drone, podcasts : pour vos prochains contenus audiovisuels, et si on commençait par vous ?
Gilles Auteroche
Photos d’une première vie
Nous sommes en 1978. Alors qu’il n’a que trois ans, Gilles, accompagné de sa jeune sœur Marie, quittent Anyang City, en Corée du Sud. Avec leur frère Hugh, né plus tard, ils connaissent une enfance heureuse à Viviez, dans le nord de l’Aveyron. “J’ai grandi dans une famille adoptive aimante. J’étais très curieux et touche-à-tout, j’adorais bricoler. Mais j’étais aussi un garçon assez introverti. Je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire. Comme beaucoup, j’ai d’abord utilisé un Polaroïd. Puis je suis passé à mes premières pellicules, mais sans déclic particulier.” Gilles quitte ainsi le cocon familial à l’âge de dix-sept ans. Direction : Saintes, en Charente-Maritime, où il intègre l’école qui forme les apprentis mécaniciens de l’Armée de l’air : les Arpètes.
Il réalise sa spécialisation à Rochefort-sur-Mer avant d’être muté dans le Vaucluse, à Orange. “Je m’occupais des ondes électromagnétiques, des radars et des systèmes de détection”, se souvient-il. Il y reste dix ans, avant d’être de nouveau muté à La Clape, près de Narbonne. Finalement, il quitte l’armée en 2012. Mais il revient dans l’Aude à l’occasion de sa rencontre avec sa future épouse, étudiante à Montpellier, et dont la famille habite Gruissan. Ils ont deux enfants : Inès et Simon. En parallèle, Gilles Auteroche se tourne à nouveau vers la photo. Et cette fois-ci, le déclic se produit.

L’appétit vient en shootant
Gilles Auteroche se forme sur le terrain, auprès d’un artisan photographe audois. Puis il se met à son compte pour proposer ses services aux entreprises, tout en poursuivant le développement de son approche artistique. D’une part, en s’inspirant, entre autres, des prises de vue instantanées de Vivian Maier, du travail des contrastes et des ombres de René Burri, ainsi que du clair-obscur du peintre italien Caravage. D’autre part, en réalisant différentes séries abordant autrement la photographie de rue, les natures mortes et la photo culinaire.
Il excelle dans cette dernière, au point d’être désigné photographe officiel de l’édition 2024 du Festival international de la photographie culinaire organisée à Paris. À cette occasion, il conçoit l’affiche de l’événement. En outre, il décroche le Prix du Press Club de France pour ses travaux. “Je suis amateur de bonne chère”, confie Gilles. “Dans la famille, on a toujours cuisiné. Nous avions un bon coup de fourchette. Si j’ai d’abord trouvé que les fruits et les légumes étaient simples à photographier, j’ai saisi ensuite toute leur beauté en macro. Le photographe culinaire Franck Hamel figure selon moi parmi ceux qui réussissent le mieux à les sublimer. Cela paraît simple, mais c’est tellement sophistiqué.”
Gilles Auteroche
L’après coup qui change tout
À l’heure où certains, avec le concours le l’intelligence artificielle, façonnent des images sur la base d’un simple prompt, sans jamais avoir tenu un appareil photo entre leurs mains, d’autres poursuivent leurs travaux en numérique et en argentique, pour offrir un autre regard sur les événements, les gens et notre existence. Nul besoin de les opposer, quand même des photographes de renom remportent des prix grâce à l’IA, comme ce fut le cas en 2023 pour l’artiste Boris Eldagsen. Malgré tout, cela n’empêcha pas ce dernier, tout en refusant sa récompense, de lancer un débat nécessaire sur l’intrusion de l’IA dans le monde de l’art.
Gilles Auteroche fut, à l’époque, un fervent défenseur de l’argentique. “La concurrence a débuté avec le numérique grand public, puis les smartphones”, précise-t-il. Cependant, il se souvient aussi des évolutions considérables initiées par la photographie numérique. “Il faut vivre avec son temps. Oui, ça me fait bizarre de voir certains travaux réalisés avec l’IA. Mais on ne peut plus ignorer cet outil technologique. Il intègre une grande partie des suites logicielles comme Adobe. Personnellement, je ne suis pas encore dans cette perspective de cocréer avec l’IA. C’est une approche différente de la cocréation avec un autre artiste, comme celle que j’ai concrétisée avec Vincenzo Galati. Il y a cette imperfection qui me plaît, qui subsiste une fois la photo achevée. Cette implication plus personnelle aussi.”
Aux grands maux les grandes photos
Gilles et Vincenzo sont devenus compères. C’est ainsi qu’ils s’appellent entre eux, qu’ils se comprennent et qu’ils se donnent, ensemble. Entre autres, à travers les séries photographiques peintes qu’ils ont cocréées en trio avec Raphaëlle Marco, maquilleuse professionnelle, au profit d’Octobre Rose et de l’association Pass’Temps Aude, qui accompagne les personnes en soins durant leur parcours en cancérologie. Ces séries dévoilent une vie qui déborde du cadre pour interroger cette autre, idéalisée, vendue du matin au soir sur tous les écrans.
Gilles Auteroche voit de loin, non pas seulement parce qu’il vient de loin, mais aussi parce qu’il voit loin. Il offre un œil différent à ses clients professionnels ayant la tête dans le guidon, ainsi qu’à tout quidam à la recherche d’une profondeur lui permettant, contre toute attente, de retrouver son chemin. Il capture des instants fragmentés et des rendez-vous manqués pour traduire sa perception de l’élégance, de l’étrange et de l’émouvant. Loin des clichés marketing systématisés, il ose la photo qui ne plaît pas à tout le monde.

GILLES AUTEROCHE : PARCE QU’IL VOIT DE LOIN
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Visitez le site de Gilles pour découvrir ses différents travaux et vous inscrire à l’un de ses ateliers.
Crédits photos :
- Portraits de Gilles Auteroche : @audeactually
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Gilles Auteroche : parce qu’il voit de loin
“La photographie ne peut pas changer le monde, mais elle peut montrer le monde, surtout quand le monde est en train de changer.” Cette citation, on la doit à l’illustre photographe lyonnais Marc Riboud. Depuis ses débuts, Gilles Auteroche s’applique à la faire sienne. Au-delà de sa technique et de son œil singulier, il bouscule les codes et partage ses ressentis, non sans plaisir. Et s’il a déjà gagné la reconnaissance de ses pairs grâce à ses photos culinaires, ses autres séries soulignent son identité artistique, à la fois humble et forte.
Podcast : 11 minutes | Temps de lecture : 5 minutes

Gilles Auteroche se définit lui-même comme un “photographe auteur”, sans doute parce qu’il réussit, à travers chacun de ses travaux, à redonner le goût de l’inattendu à ceux qui prennent le temps de les regarder. Sa rencontre avec la photo remonte à l’enfance, sans qu’il ne soupçonne alors qu’elle tiendrait, un jour, une telle place dans sa vie et dans celle des autres. Une place particulière qui reflète, d’une part, ses propres émois qu’il vit à sa manière. D’autre part, les questions que tout un chacun se pose et auxquelles une seule de ses photos peut apporter un commencement de réponse.
Gilles Auteroche voit de loin, non pas seulement parce qu’il vient de loin, mais aussi parce qu’il voit loin. Certaines de ses séries, comme ses autoportraits consacrés à l’Iran et aux confinements de 2020, vont même au-delà. Elles transcendent le temps, les frontières et les idées reçues. Comme il le dit lui-même, “on n’est pas vraiment acteur, on montre le monde qui nous entoure en tant que photographe. Il s’agit plus de l’envie de partager ce que j’ai vécu à ce moment-là, ce qui m’a marqué, ce qui m’a mis mal à l’aise.” Libre à chacun de s’interroger ensuite, ou pas.
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Communication & média

Documentaires, films d’entreprise, drone, podcasts : pour vos prochains contenus audiovisuels, et si on commençait par vous ?
Gilles Auteroche
Photos d’une première vie
Nous sommes en 1978. Alors qu’il n’a que trois ans, Gilles, accompagné de sa jeune sœur Marie, quittent Anyang City, en Corée du Sud. Avec leur frère Hugh, né plus tard, ils connaissent une enfance heureuse à Viviez, dans le nord de l’Aveyron. “J’ai grandi dans une famille adoptive aimante. J’étais très curieux et touche-à-tout, j’adorais bricoler. Mais j’étais aussi un garçon assez introverti. Je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire. Comme beaucoup, j’ai d’abord utilisé un Polaroïd. Puis je suis passé à mes premières pellicules, mais sans déclic particulier.” Gilles quitte ainsi le cocon familial à l’âge de dix-sept ans. Direction : Saintes, en Charente-Maritime, où il intègre l’école qui forme les apprentis mécaniciens de l’Armée de l’air : les Arpètes.
Il réalise sa spécialisation à Rochefort-sur-Mer avant d’être muté dans le Vaucluse, à Orange. “Je m’occupais des ondes électromagnétiques, des radars et des systèmes de détection”, se souvient-il. Il y reste dix ans, avant d’être de nouveau muté à La Clape, près de Narbonne. Finalement, il quitte l’armée en 2012. Mais il revient dans l’Aude à l’occasion de sa rencontre avec sa future épouse, étudiante à Montpellier, et dont la famille habite Gruissan. Ils ont deux enfants : Inès et Simon. En parallèle, Gilles Auteroche se tourne à nouveau vers la photo. Et cette fois-ci, le déclic se produit.

L’appétit vient en shootant
Gilles Auteroche se forme sur le terrain, auprès d’un artisan photographe audois. Puis il se met à son compte pour proposer ses services aux entreprises, tout en poursuivant le développement de son approche artistique. D’une part, en s’inspirant, entre autres, des prises de vue instantanées de Vivian Maier, du travail des contrastes et des ombres de René Burri, ainsi que du clair-obscur du peintre italien Caravage. D’autre part, en réalisant différentes séries abordant autrement la photographie de rue, les natures mortes et la photo culinaire.
Il excelle dans cette dernière, au point d’être désigné photographe officiel de l’édition 2024 du Festival international de la photographie culinaire organisée à Paris. À cette occasion, il conçoit l’affiche de l’événement. En outre, il décroche le Prix du Press Club de France pour ses travaux. “Je suis amateur de bonne chère”, confie Gilles. “Dans la famille, on a toujours cuisiné. Nous avions un bon coup de fourchette. Si j’ai d’abord trouvé que les fruits et les légumes étaient simples à photographier, j’ai saisi ensuite toute leur beauté en macro. Le photographe culinaire Franck Hamel figure selon moi parmi ceux qui réussissent le mieux à les sublimer. Cela paraît simple, mais c’est tellement sophistiqué.”

Gilles Auteroche
L’après coup qui change tout
À l’heure où certains, avec le concours le l’intelligence artificielle, façonnent des images sur la base d’un simple prompt, sans jamais avoir tenu un appareil photo entre leurs mains, d’autres poursuivent leurs travaux en numérique et en argentique, pour offrir un autre regard sur les événements, les gens et notre existence. Nul besoin de les opposer, quand même des photographes de renom remportent des prix grâce à l’IA, comme ce fut le cas en 2023 pour l’artiste Boris Eldagsen. Malgré tout, cela n’empêcha pas ce dernier, tout en refusant sa récompense, de lancer un débat nécessaire sur l’intrusion de l’IA dans le monde de l’art.
Gilles Auteroche fut, à l’époque, un fervent défenseur de l’argentique. “La concurrence a débuté avec le numérique grand public, puis les smartphones”, précise-t-il. Cependant, il se souvient aussi des évolutions considérables initiées par la photographie numérique. “Il faut vivre avec son temps. Oui, ça me fait bizarre de voir certains travaux réalisés avec l’IA. Mais on ne peut plus ignorer cet outil technologique. Il intègre une grande partie des suites logicielles comme Adobe. Personnellement, je ne suis pas encore dans cette perspective de cocréer avec l’IA. C’est une approche différente de la cocréation avec un autre artiste, comme celle que j’ai concrétisée avec Vincenzo Galati. Il y a cette imperfection qui me plaît, qui subsiste une fois la photo achevée. Cette implication plus personnelle aussi.”

Aux grands maux les grandes photos
Gilles et Vincenzo sont devenus compères. C’est ainsi qu’ils s’appellent entre eux, qu’ils se comprennent et qu’ils se donnent, ensemble. Entre autres, à travers les séries photographiques peintes qu’ils ont cocréées en trio avec Raphaëlle Marco, maquilleuse professionnelle, au profit d’Octobre Rose et de l’association Pass’Temps Aude, qui accompagne les personnes en soins durant leur parcours en cancérologie. Ces séries dévoilent une vie qui déborde du cadre pour interroger cette autre, idéalisée, vendue du matin au soir sur tous les écrans.
Gilles Auteroche voit de loin, non pas seulement parce qu’il vient de loin, mais aussi parce qu’il voit loin. Il offre un œil différent à ses clients professionnels ayant la tête dans le guidon, ainsi qu’à tout quidam à la recherche d’une profondeur lui permettant, contre toute attente, de retrouver son chemin. Il capture des instants fragmentés et des rendez-vous manqués pour traduire sa perception de l’élégance, de l’étrange et de l’émouvant. Loin des clichés marketing systématisés, il ose la photo qui ne plaît pas à tout le monde.

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Gilles Auteroche a installé son studio photo au 6, Avenue Anatole France, à Narbonne. Visitez son site pour découvrir ses différents travaux, mais aussi pour vous inscrire à l’un de ses prochains ateliers d’initiation ou de perfectionnement.
Crédits photos :
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